Son nom a fait le tour du Sénégal. Avant les Pakala, Usine Doolé et Reug Reug, c’était Auguste Mbagnick Sène qui faisait la pluie et le beau temps dans les mabapat. Ainsi, il fut longtemps le capitaine de l’équipe nationale de la lutte du Sénégal. Vainqueur du tournoi de la CEDEAO en 2007, médaille d’argent de la lutte olympique en Egypte, médaille d’Or des championnats d’Afrique en 2007. Mais sa belle carrière a pris un sacré coup suite à une blessure en pleine compétition avec l’équipe nationale. Auguste était l’invité de Matinale D’sports de Lutte TV, hier. Il a fait des confidences qui font froid au dos. Le lutteur se sent trahi par son pays.
« J’avais répondu présent lorsque le pays avait besoin de moi »
« J’ai fait les bancs. Je suis allé jusqu’en CM2 avant de quitter l’école pour épouser la lutte. J’ai hérité le virus de la lutte. Car j’avais des parents qui luttaient. Je n’ai pas quitté l’arène. Je suis toujours en activité. Revenant de mon parcours, je dirais que le Sénégal m’a trahi si ce dernier était une personne. Parce que lorsque le pays avait besoin de moi, j’ai répondu présent. Je suis quelqu’un qui se couche très tôt. Je suis au lit dès 21h. Et je me rappelle un jour, c’était en 2005, je me suis réveillé et j’ai vu un message sur mon téléphone du coach Ambroise Sarr. Ce dernier disait qu’il avait tenté de m’appeler, mais mon téléphone sonnait dans le vide. C’était vers 22h et j’étais déjà couché. Après avoir lu le message, je l’ai appelé. Et il m’a fait comprendre qu’il avait besoin de moi pour une compétition au Niger et qu’il comptait sur moi pour devenir le poids lourd de la sélection. Je lui ai demandé du temps pour en parler avec ma famille. Ceci fait, j’ai accepté sa demande. Je suis parti au Niger avec l’équipe. Nous avons remporté le trophée et j’étais le meilleur lutteur. »
« En défendu le pays, j’ai subi des ligaments croisés »
« Je suis resté des années au côté de l’équipe nationale. Mais en 2007, lors des jeux africains, j’ai subi une blessure. C’était à l’occasion des qualifications des Jeux olympiques. La nature de la blessure était des ligaments croisés. C’est en 2009 que j’ai pu faire une opération au niveau de l’hôpital CTO de Grand Yoff, auprès du Dr Habib Sy que je salue au passage. Je n’ai plus de ses nouvelles, mais je prie pour lui. Concernant les titres, j’en ai remporté beaucoup. Mais les récompenses n’étaient pas conséquentes. On gagnait, au meilleur des camps, 500.000 F CFA. Ce n’était pas une importante somme d’argent à mes yeux. Parce que je pouvais gagner beaucoup plus si je restais à compétir dans les mbapat. Beaucoup de mes proches voulaient que j’arrête avec l’équipe nationale parce qu’elle ralentissait ma carrière, estimaient-ils, mais je soutenais le contraire parce que j’aimais mon pays. Et je ne voulais pas trahir la confiance que le coach avait placée en moi. »
« Une personne a versé de chaudes larmes en me voyant dans un calendo »
« L’équipe nationale doit être un rêve pour tous les lutteurs. Mais les conditions difficiles font que les lutteurs ne sont plus intéressés pour porter les couleurs de la nation. Les gens doivent encore faire des efforts pour que les athlètes se sentent bien après avoir participé à un tournoi. Au retour d’une compétition, les lutteurs doivent gagner des sommes conséquentes pour faire rêver leurs collègues. Récemment, j’étais dans un calendo et j’ai partagé le trajet avec une personne. Il a versé de chaudes larmes après m’avoir reconnu. Je lui ai demandé les raisons de ses larmes, il m’a répondu qu’il m’attendait autre part qu’ici. J’étais ému. Mais je lui ai fait comprendre que la vie était ainsi faite. Je ne l’ai jamais dit, mais j’ai besoin de soutien. L’Etat offre des emplois, ils peuvent m’en donner un. Je me débrouille pour vivre. Mais c’est très difficile. Malgré tout, je ne veux pas affronter la mer, je n’agresse pas. »

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